Lycée Théodore Aubanel
Avignon
 

L’arbre des Voyelles

lundi 1er avril 2013, par Responsable Arts plastiques

La sculpture de Giuseppe Penone au Jardin des Tuileries à Paris

 L’ARBRE DES VOYELLES – GIUSEPPE PENONE -

Jardin des Tuileries à Paris. 1999. Commande du Ministère de la Culture et de la Communication (2000)

 

L’Arbre des Voyelles est une sculpture en bronze qui représente un grand arbre déraciné, couché dans un des parterres du jardin des Tuileries à Paris. De loin, on ne voit pas grand chose, si ce n’est que, dans ce jardin à la française, il y a une zone un peu sauvage avec de la végétation plus haute et moins ordonnée que le reste. En s’approchant, on le découvre, couché dans les hautes herbes en été ou dans les broussailles sèches en hiver. Si on ne vient pas le voir, on peut passer à côté sans y prêter attention, tellement il ressemble à un arbre vrai.

**En effet, la sculpture est un moulage en bronze, réalisé à partir d’un arbre et le bronze imite à merveille le bois de l’arbre mort. Il est couché , ses racines dressées vers le ciel comme si elles venaient d’être arrachées du sol, dans la parcelle qui paraît de ce fait abandonnée ; au bout de chacune de ses cinq longues branches, Penone a fait planter un jeune arbre qui, au fil des ans, grandit et grossit et absorbe petit à petit le bronze qui se trouve au contact de son tronc vivant.**

Le rêve, c’est qu’un jour ce grand arbre mort se soulève emporté par la croissance des cinq arbres vivants, comme on peut le voir dans certains dessins de l’artiste. **

Il faudrait de nombreuses années, car le temps végétal n’a pas la même vitesse que le nôtre...

Le travail de cet artiste explore le rapport entre le temps humain et le temps des arbres et plus généralement, le temps des phénomènes naturels ; il met en évidence les différences entre ces durées essentiellement étrangères l’une à l’autre et qui pourtant se frôlent et interagissent. Les œuvres de Penone questionnent aussi l’écart entre les productions naturelles (combien de temps a-t’il fallu au fleuve pour sculpter le galet ? Est-ce de l’art ?) et les production humaines (le même galet sculpté par Penone à l’identique en un temps beaucoup plus court et avec une intention précise appartient-il à l’Art ?)

Pour cela, il intègre de différentes manières des éléments naturels vivants (arbres, pommes de terre) ou inertes (feuilles de laurier, pierres) à des fragments de son propre corps qui apparaissent sous forme de moulages ou d’empreintes, comme par exemple : **

**voir photos 

 Glossaire :

Sculpture : œuvre d’art en trois dimensions, autour de laquelle on peut tourner, traditionnellement présentée sur un socle. Depuis le XXème siècle, la plupart des sculptures sont descendues de leur socle pour se présenter directement au sol.

Installation artistique : Environnement dans lequel on peut entrer constitué de plusieurs éléments disposés dans un espace.

Moulage : forme obtenue au moyen d’un moule (corps solide creux destiné à recevoir une matière fluide pour lui donner une forme qu’elle conservera en se solidifiant ou au contraire forme pleine sur laquelle on applique une pâte qui conservera la forme en se solidifiant)

Empreinte : Trace laissée par une forme pressée sur un support.

 

Les empreintes et les moulages sont des techniques employées depuis des temps très reculés pour capturer une image très fidèle des choses.

 Cette œuvre de Penone est donc une sculpture en bronze qui imite grâce au moulage un tronc d’arbre mort couché au sol. L’œuvre a été réalisée pour ce lieu, le parterre du jardin des Tuileries ; la sculpture en bronze n’est complète qu’avec son environnement proche, le parterre, planté d’espèces soigneusement choisies, et aussi avec le reste du jardin public. Il s’agit de ce fait d’une installation dans l’espace ouvert du parc urbain et l’artiste considère que sa sculpture fonctionne en relation avec ses multiples interactions : saisons, croissance des végétaux, passage des visiteurs. D’autre part, si on considère le titre de l’œuvre, L’arbre des voyelles, on est amené à faire d’autres types de connections, plus littéraires celles-là. La référence au poème Voyelles d’Arthur Rimbaud est explicitement contenue dans le titre (lire le poème : http://poesie.webnet.fr/lesgrandscl...)

mais Penone voit dans l’entrelacement des racines de l’arbre une sorte d’écriture souterraine, un code secret dans lequel chaque lettre est l’initiale du nom d’un arbre, ce qui a guidé le choix des cinq arbres vivants plantés aux extrémités de l’arbre en bronze.

Cette installation met en relation les concepts de nature et de culture, de façon subtile et dialectique. En effet, la sculpture en bronze imite artificiellement et à s’y méprendre la forme naturelle d’un arbre et l’installation dans le parterre imite de façon artificielle l’aspect naturel d’un sous-bois et contraste avec l’ordonnancement parfaitement artificiel du jardin à la française.

Toute l’œuvre de Penone travaille autour du rapport de ces deux idées : nature et culture, décliné dans toutes ses composantes : humain et végétal, durée et éphémère, art et nature…

 

Arte Povera

Dans sa jeunesse, à la fin des années 60, Penone appartient au mouvement artistique italien Arte Povera.

Voici l’article du Centre Georges Pompidou correspondant à ce mouvement :

Les acteurs de Arte Povera, refusant de se prêter au jeu de l’assignation d’une identité, c’est-à-dire de se laisser enfermer dans une définition, rejettent la qualification de mouvement, pour lui préférer celle d’attitude. Être un artiste Arte Povera, c’est adopter un comportement qui consiste à défier l’industrie culturelle et plus largement la société de consommation, selon une stratégie pensée sur le modèle de la guérilla. Dans ce sens, Arte Povera est une attitude socialement engagée sur le mode révolutionnaire. Ce refus de l’identification et cette position politique se manifestent par une activité artistique qui privilégie elle aussi le processus, autrement dit le geste créateur au détriment de l’objet fini. En somme, en condamnant aussi bien l’identité que l’objet, Arte Povera prétend résister à toute tentative d’appropriation. C’est un art qui se veut foncièrement nomade, proprement insaisissable.

Néanmoins on peut tenter de dénombrer les artistes italiens qui ont participé à cette expérience, essentiellement entre 1966 et 1969 :

Giovanni Anselmo, Alighiero e Boetti, Pier Paolo Calzolari, Luciano Fabro, Jannis Kounellis, Mario Merz, Marisa Merz, Giulio Paolini, Pino Pascali, Giuseppe Penone, Michelangelo Pistoletto et Gilberto Zorio ; sans oublier le critique d’art qui a formulé et diffusé la ligne théorique d’Arte Povera, Germano Celant.

L’expression « Arte Povera » est utilisée pour la première fois en septembre 1967 par Germano Celant pour intituler une exposition présentée à Gênes. Elle emprunte le prédicat « pauvre » à une pratique théâtrale expérimentale, mais selon quelle signification ? On a tantôt suggéré qu’il s’agissait d’utiliser des matériaux pauvres, comme des objets de rebus ou des éléments naturels. Mais de nombreuses œuvres réfutent cette interprétation en intégrant des matières plus sophistiquées comme le néon. La référence fréquente à la nature est plutôt à considérer comme un exemple de point d’appui anhistorique à partir duquel il devient possible de critiquer le présent. Dans ce sens, les artistes de l’Arte Povera participent pleinement à la réflexion sur la dialectique entre la nature et la culture.

Mais qu’est-ce alors que cette pauvreté que doit viser l’art ? En reprenant l’analogie établie par Germano Celant entre l’art et la guérilla, on peut émettre l’hypothèse que la pauvreté est à l’art ce que l’artillerie légère est au guérillero : l’artiste doit idéalement renoncer au besoin d’un équipement lourd qui le rend dépendant de l’économie et des institutions culturelles. La pauvreté de l’art est une notion négative qui pose une interdiction de moyens quant à la réalisation des œuvres, mais qui requiert une richesse théorique afin de se guider.

Ainsi, Arte Povera participe pleinement de l’utopie contestataire de la fin des années 60 et revendique à sa manière une tendance de l’art contemporain italien face à la suprématie du marché de l’art américain.

Biographie (d’après le Centre Georges Pompidou)

 Giuseppe Penone vit et travaille entre la France et l’Italie. Aussi est-il, à l’instar d’autres protagonistes de l’Arte Povera, l’une des figures de l’art italien des années 60 dont l’œuvre se confond intimement avec la situation spécifique du nord de la Péninsule.

Mais, à la pratique essentiellement ancrée dans le milieu urbain de différents artistes qui lui sont proches, Penone veut opposer une œuvre soumise à – et complice de – la nature. Si ses premières pièces et expériences, directement liées et conçues dans et avec la Nature, témoignent d’une attention extrême aux « énergies à l’œuvre » (croissance, équilibre, érosion, souffle), les réalisations qui suivent, où son corps devient partie intégrante et outil d’introspection de l’objet visuel, prennent une autre signification (Se retourner les yeux, 1970, Pression, 1974-1977, Patates, 1977). Il s’essaie ainsi à retrouver dans une pratique purement sculpturale les processus imperceptibles et néanmoins vivants de chaque modification (Souffle de feuille, 1982), attentif à l’état transitoire des choses et à la préhension que son corps peut en avoir.

Alors que les éléments constitutifs de ses premières œuvres rejoignaient le matériau caractéristique des pratiques « pauvres » ou « conceptuelles » (matériel de projection, photographies, etc.), Penone a, au milieu des années 70, retrouvé par le bronze et les techniques les plus classiques ce qui, en somme, est le sujet de son œuvre entière : révéler la nature dans la culture et la culture dans la nature.

 

http://www.centrepompidou.fr/educat...


http://www.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-penone/penone.html

 

http://archeologue.over-blog.com/ar...

http://archeologue.over-blog.com/ar...

http://archeologue.over-blog.com/article-36618418.html

 

 

 

 

 
Lycée Théodore Aubanel – 14 rue de la palapharnerie CS 10070 - 84918 Avignon – Responsable de publication : M. Le Chef d'établissement
Dernière mise à jour : vendredi 13 décembre 2019 – Tous droits réservés © 2008-2019, Académie d'Aix-Marseille